La Fée du grand magasin
Voilà une histoire qui a commencé dans un grand silence...
Oui, un vrai silence, un silence qui pourrait vous faire peur, vous faire croire que vous êtes sourd. C’était la veille de Noël et Thomas Tignasky était seul chez lui.
Soudain, le silence se brisa. La porte d'entrée de la maison avait claqué. Thomas Tignasky eut un sourire et se frotta les mains.
« Ça y est je vais enfin pouvoir récupérer mon trésor ».
Thomas Tignasky avait caché son trésor sous sa voiture, dans une cache qui était fermée par une petite plaque de métal maintenue par deux vis.
Sa voiture : une Ferrari Testarossa, rouge comme une pomme. Thomas Tignasky fit sortir la voiture du garage en marche arrière. Marche avant, il la fit avancer sur le pont, il tourna la manivelle et, tout doucement, la voiture se souleva. Thomas Tignasky mit un genou au sol et prenant dans sa main le petit tournevis qu'il avait préparé, il se mit à dévisser les deux petites vis qui maintenaient en place la plaque de métal derrière laquelle était caché son trésor.
Il posa les vis et la plaque sur le sol et fit tomber dans sa main son trésor. Après cette délicate opération, il tourna à nouveau la manivelle pour faire redescendre la voiture sur le sol puis il la poussa doucement sous son lit entre ses deux gros chaussons en forme de tortues.
Maintenant, Thomas avait son trésor dans sa main, il prit son blouson un peu trop grand pour lui et noua son écharpe autour de son cou.
Il sortit et s'engagea résolument dans la rue pour aller au grand magasin.
Il le connaissait déjà, le grand magasin. Il y était allé avec sa maman un jour où il faisait très froid. Ils avaient poussé les lourdes portes de verre du grand magasin et Thomas avait senti tomber sur ses épaules l'air chaud du grand magasin. Puis il s'était arrêté là, Il y avait beaucoup de lumière et ça sentait bon. Il venait de rentrer au rayon de la parfumerie. Thomas regardait les gens qui étaient là. Son regard se porta ensuite sur les vendeuses, il les trouvait très belles comme des princesses, ou plutôt, comme des fées souriantes. Sa mère avait été obligée de le tirer par la manche de son blouson.
« Eh ! Thomas il faut y aller maintenant. Si tu veux revenir ici un jour, il faudra que tu aies des sous. »
Et il en avait aujourd'hui des sous. Trois petites pièces, elles étaient là, en train de se réchauffer dans sa petite main. Marchant aussi vite que le pouvaient ses petites jambes, Thomas se mit à penser à chacune d'elles. C'est à la deuxième qu'il pensa en premier. Un matin, sa mère lui avait donné trois pièces blanches et elle avait dit : « Tu vas aller à la boulangerie et tu ramèneras une baguette . Surtout, ne cours pas dans la rue et reste bien sur le trottoir. »
Quand il était revenu, tout essoufflé, Thomas avait déposé le pain sur la table de la cuisine et il avait dit : « Maman ! la boulangère a dit que ça faisait deux francs quatre-vingts, et elle m'a rendu ça... »
Thomas avait tendu sa petite main ouverte dans laquelle il y avait la pièce rendu par la boulangère. Sa mère avait pris sa main dans la sienne et l’avait refermée doucement sur la pièce. Elle avait dit : « Tu peux la garder, tu es un grand garçon maintenant que tu es allé faire une commission tout seul. »
Cette pièce était allé rejoindre la première, dans la cachette, sous la voiture. De son trésor, c'était celle qu'il préférait, c'est la seule qu'il avait vraiment gagnée.
Il y avait les deux autres petites pièces. La première et la troisième. Elles étaient toutes les deux semblables, deux petites pièces blanches.
La première, il l'avait trouvée pendant les vacances. Elle était là dans le sable quand ils étaient descendus de la voiture sur le parking de la plage. Un coup de chance, vraiment.
La troisième, cela ne faisait pas longtemps qu'il l'avait. Un mercredi, il était allé avec son papa pour laver la voiture, vous savez là où il y a le gros éléphant bleu. Ils avaient aussi passé l'aspirateur. La pièce avait dû tomber sur le tapis de la voiture et son père l'avait trouvée. Il l’avait ramassée et posée sur la tête de Thomas en disant : « Tiens ! cadeau de l'éléphant ! »
Thomas avait récupéré la pièce sur sa tête et elle était allée rejoindre les deux autres sous sa Ferrari, dans la cache.
Pendant qu'il pensait à ses petites pièces serrées dans sa main et qui se réchauffaient, Thomas était arrivé au grand magasin. Il n'est pas entré tout de suite. Il est allé regarder les vitrines.
Je vous l'ai dit, c'était la veille de Noël et, à cette époque, les vitrines sont belles dans la ville. Thomas a collé son nez sur la grande vitre et a regardé les peluches qui étaient devant lui.
Il y avait là des ours. Des gros, des moyens, des petits. C'était toute une famille toute douce.
Il y avait aussi, sur un arbre, des singes. Des gros, des moyens, des petits. C'était toute une famille toute douce.
Thomas est passé à la vitrine d’à côté. Là, il y avait une fée. Elle était assise sur un fauteuil en osier doré. Elle portait de beaux habits de soie et elle avait à la main sa baguette magique. À ses pieds, il y avait des petits coussins de soie sur lesquels on avait mis des petits flacons de parfum. C'était comme des petits nids douillets.
Thomas regarda longuement la fée.
Il se disait : « Il faudrait que j'en voie une comme celle-là. »
À ce moment, une grosse main se posa sur son épaule. Il se retourna, c'était le père Noël. Il avait un grand sourire dans sa barbe et murmura à l'oreille de Thomas : « Si tu veux la voir, il faut aller à l'intérieur. » Puis il disparut.
Thomas poussa les lourdes portes de verre du grand magasin. Il sentit tomber sur ses épaules l'air chaud du grand magasin. Puis il entra. Il ne savait pas où aller. Je vous l'ai dit, c'était la veille de Noël et il y avait un monde fou dans le magasin. Il avança pourtant dans une allée et il se fit plusieurs fois bousculer. Une vendeuse l’aperçut. Les vendeuses sont là pour vendre et aussi pour surveiller ce qui se passe dans les rayons. Elle s'approcha de Thomas.
« Qu'est-ce que tu fais là, toi ? »
Thomas leva la tête tout en regardant la vendeuse dans les yeux et répondit :
«Je voudrais acheter quelque chose pour ma maman, j'ai des sous ». En disant cela, il ouvrit sa main et la tendit vers la vendeuse. Celle-ci baissa la tête et vit les trois petites pièces dans la main de Thomas.
« C'est pas possible ! »
« Comment, c'est pas possible ? T'es pas une fée ? »
Elle regardait toujours les petites pièces dans la main de Thomas, elle vit qu'elles brillaient. Elles brillaient de plus en plus fort. Elles brillaient si fort qu'on aurait pu croire que les lumières du magasin s'étaient éteintes.
Elle prit Thomas par la main :
« Qu'est-ce que tu veux pour ta maman ? »
« Je veux quelque chose qui sent bon ».
La vendeuse accompagna Thomas au rayon des savons-savonnettes. Elle lui présenta un bouquet de savonnettes-fleurs.
« Tu peux en prendre une de chaque, pour les sentir et bien choisir. »
Mais Thomas avait vu une corbeille pleine de savonnettes-fruits. Il en prit une de chaque. Une savonnette-banane, une savonnette-fraise, une savonnette-orange, une savonnette-pomme, une savonnette-ananas et une savonnette-poire. Il les posa sur un présentoir, juste à la hauteur de son nez. Il les sentit toutes. Il en prit une et la tendit à la vendeuse.
« C'est celle là que tu veux ? »
« Ouais. »
Il avait choisi la savonnette-pomme, rouge comme sa Ferrari.
« Tu veux que je te fasse un paquet cadeau ? »
« Ouais. »
Thomas a vu se dérouler le papier cadeau. Il a vu la grande feuille de papier bleu de nuit parsemé de petites étoiles d'or et d'argent s'enrouler autour de la grosse savonnette-pomme et se tordre pour faire une grosse papillote. Thomas a vu le ruban doré s'enrouler autour du paquet, se tendre et puis retomber en boucles autour de la grosse papillote.
La vendeuse lui a donné son paquet.
Thomas a pris le cadeau, il l'a glissé sous son blouson, sur son cœur, il a remonté la fermeture Eclair, il a dit merci puis il est parti.
Le lendemain, c'était Noël.
Quand Thomas s'est réveillé, il ne s'est pas levé tout de suite. Il a attendu, il a écouté comme il le faisait le mercredi, quand il ne fallait pas se lever pour aller à l’école. Il a entendu un petit grincement. Ça, c'était la porte du placard de la cuisine. Puis, un choc sur la table ; ça, c'était son bol. Il écoutait et entendait tous ces petits bruits qu'il connaissait bien. Maman était en train de lui préparer son petit déjeuner. Le glouglou du lait dans la casserole, le tic-tic de la petite étincelle bleue qui allume le gaz...
Quand il pensa que le lait était chaud et servi avec le chocolat, alors il se leva. En passant la porte de sa chambre, il prit dans la poche de son blouson la grosse papillote qui y avait passé la nuit.
Il passa sans trop le regarder devant le sapin de Noël tout illuminé. Arrivé dans la cuisine, il tendit le paquet à sa mère en disant :
« Maman ! Maman ! C'est une fée qui m'a donné ça pour toi ! »
« Eh ! Les fées, ça n'existe pas ! » a dit son papa qui arrivait derrière lui.
Thomas a vu sa maman prendre le paquet, tirer délicatement sur le ruban doré, sortir la grosse savonnette-pomme de la grosse papillote et la sentir. Il a fait demi-tour et il est retourné dans sa chambre.
Tout à l'heure, quand il avait sorti le paquet de la poche de son blouson, il avait entendu un drôle de bruit. Il remit la main dans la poche, l'enfonça jusqu'au fond et, quand il la retira, il y avait dedans trois petites pièces qui brillaient.
Il retourna en courant à la cuisine. Il tendait devant lui sa petite main ouverte. Les trois petites pièces brillaient si fort que quand il passa devant le sapin on aurait dit qu'il était tout pâle.
« Papa ! Maman ! Regardez ! La fée, elle m'a fait un cadeau à moi aussi ! »
Dans le creux de sa main, les petites pièces brillaient, elles brillaient si fort qu'on aurait dit que le néon de la cuisine s'était éteint.
Depuis ce jour, chez Thomas Tignasky, ils sont trois à croire aux fées.
FIN !
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