La chemise de Petitou



Savez vous qu'il y a eu autrefois des familles avec de nombreux enfants ? Pas des familles nombreuses avec trois enfants donnant droit à une carte de réduction dans les transports en commun, d'ailleurs ces transports n'existaient pas à cette époque, non, non, une vraie grande famille avec des enfants qui courent partout, qui font la ronde autour de leurs parents les jours de fête, une famille où les parents ont appris aux aînés, qui apprennent à leur tour aux plus petits comment vivre en famille et aussi comment se débrouiller tout seul.

Le Petitou était un petit garçon, un petit garçon qui était le dernier d'une grande famille. Il y en avait douze avant lui. Il avait six frères et six sœurs. Il était le treizième ! Les premiers avaient déjà grandi, déjà ils travaillaient, c'est à dire qu'ils aidaient leur père qui coupait du bois dans la grande forêt, ils ramassaient le bois mort et faisaient les fagots, ils gardaient les troupeaux et même, quelques fois, ils aidaient leur mère qui l'été ramassait le foin, faisait les moissons ou les vendanges.

Si bien que lui le Petitou, le petit dernier, maintenant qu'il marchait tout seul et savait courir, il rendait de petits services à toute la maisonnée, portant ici ou là une écuelle de soupe, un cruchon d'eau fraîche ou un outil à ceux qui travaillaient. Il aimait bien cette campagne où il vivait. Il parlait avec les animaux, les plantes, les arbres et eux devenaient ses amis.

Il rencontrait souvent les moutons du troupeau de son père, il caressait les brebis, jouait avec les agneaux. Il parlait même à l'églantier, le félicitant au printemps d'avoir de si jolies fleurs. Une fois il avait ouvert la fenêtre de sa chambre pour permettre à une araignée d'éviter de se faire écraser par le balais de sa mère. Si un oiseau tombait du nid, il en prenait soins jusqu'à ce qu'il puisse s'envoler. Un jour il avait reportait dans son trou une écrevisse que le ruisseau débordant avait déposée sur la berge.

Un matin d'été, Petitou est allé dans la forêt pour ramasser des fraises. Il en avait déjà plein son panier quand tout à coup il en a aperçut là, dans le sous bois, il s'est baissé pour aller les cueillir en passant sous les branches mais sa chemise s'est accrochée aux épines, et les branches ont mis sa chemise en lambeaux. Petitou n'avait plus rien sur le dos. Il faut dire que la chemise de Petitou n'était pas très solide. En hiver sa mère filait la laine et tissait une chemise pour l'aîné. Celui ci passait la sienne au second, et il fallait un tout petit peu la repriser. Le second passait la sienne au troisième, et il fallait un petit peu la repriser. Le troisième passait la sienne au quatrième, et il fallait un peu la repriser. Le quatrième passait la sienne au cinquième et il fallait la repriser. Et ainsi de suite jusqu'au dernier. Lorsqu'elle arrivait à Petitou, elle était complètement usée, râpée, rapiécée.

Et en ce moment, sa mère était aux moissons et elle ne pourrait sûrement pas lui faire une autre chemise avant longtemps.

Petitou était très triste et il est sorti de la forêt pour rentrer chez lui. En cours de route il a rencontré un agneau qui lui a dit :

" Hé ben Petitou, tu as l'air bien triste que t'arrive t-il ? "

" J'allais chercher des fraises, les épines des branches ont mis ma chemise en lambeaux et je n'ai plus rien sur le dos. "

" Ecoute Petitou, a dit l'agneau, je peux faire quelque chose pour toi, tu es si gentil avec nous. Viens voir le troupeau, nous te donnerons de la laine pour une nouvelle chemise. "

Petitou est allé avec l'agneau et tous les moutons du troupeau se sont tondu un peu de laine pour la chemise de Petitou.

Et ils chantaient :

La laine des moutons c'est nous qui la tondaine
La laine des moutons c'est nous qui la tondons
tondons, tondons la laine des moutaines
tondons, tondons la laine des moutons.

Merci les moutons.



Et Petitou s'est retrouvé avec un gros paquet de laine dans les bras, il était content, mais qu'est ce qu'il allait bien pouvoir en faire ? il a continué son chemin l'air toujours un peu triste avec son gros paquet de laine quand il est passé auprès des églantiers et l'églantier lui a dit :

" hé ben Petitou, tu as l'air bien triste que t'arrive t-il ? "

" J'allais chercher des fraises, les épines des branches ont mis ma chemise en lambeaux et je n'ai plus rien sur le dos. Les moutons m'ont donné de la laine mais je ne sais quoi en faire. "

" Ecoute Petitou a dit l'églantier, je peux faire quelque chose pour toi, tu es si gentil avec nous. Met ta laine entre nous et nous te la carderons. "

Petitou a posé sa laine au pied des églantiers, et ceux ci ont agité leurs branches, ils ont pris la laine et l'ont cardée, ils tiraient les fils et la nettoyaient.

Et ils chantaient :

La laine des moutons c'est nous qui la cardaine
La laine des moutons c'est nous qui la cardons
cardons, cardons la laine des moutaines
cardons, cardons la laine des moutons.

Merci les églantiers.



Et Petitou a repris son gros paquet de laine toute propre dans ses bras, il était content, mais qu'est ce qu'il allait bien pouvoir en faire ? Il a continué son chemin l'air encore un peu triste, il est passé sur le pont de la rivière et une araignée qui tissait sa toile dans la balustrade du pont lui a dit :

" Hé ben Petitou, tu as l'air bien triste que t'arrive t-il ? "

" J'allais chercher des fraises, les épines des branches ont mis ma chemise en lambeaux et je n'ai plus rien sur le dos. Les moutons m'ont donné de la laine, l'églantier l'a cardé mais je ne sais quoi en faire. "

" Ecoute Petitou a dit l'araignée, je peux faire quelque chose pour toi, tu es si gentil avec nous. Met toute ta laine sur la balustrade et je vais la filer. "

Petitou a mis sa laine sur la balustrade et l'araignée s'est mise à filer la laine. Elle a fait une grosse pelote d'un fil très fin et très solide.

Et elle chantait.

La laine des moutons c'est nous qui la filaine
La laine des moutons c'est nous qui la filons
filons, filons la laine des moutaines
filons, filons la laine des moutons.



Mais l'araignée ne s'est pas arrêtée là, elle a fait prévenir ses amies et ensemble elles ont tissé une grande toile de laine douce et épaisse pour Petitou.

Et elles chantaient.

La laine des moutons c'est nous qui la tissaine
La laine des moutons c'est nous qui la tissons
tissons, tissons la laine des moutaines
tissons, tissons la laine des moutons.

Merci les araignées



Et Petitou a pris la grande toile de laine, il l'a pliée et mise sous son bras, il était content, mais qu'est ce qu'il allait bien pouvoir en faire ? Il a continué son chemin l'air un peu triste. Il longeait le bord de la rivière quand l'écrevisse sortant de son trou lui a crié :

" Hé ben Petitou, tu as l'air bien triste que t'arrive t-il ? "

" J'allais chercher des fraises, les épines des branches ont mis ma chemise en lambeaux et je n'ai plus rien sur le dos. Les moutons m'ont donné de la laine, l'églantier l'a cardé, une araignée l'a filée, les autres l'ont tissée, mais je ne sais quoi en faire. "

" Ecoute Petitou a dit l'écrevisse, je peux faire quelque chose pour toi, tu es si gentil avec nous. Donne-moi ta toile de laine et je vais te couper dedans une belle chemise. "

Petitou a posé la toile de laine sur le sable de la rivière et l'écrevisse a tracé et coupé à grands coups de pinces tous les morceaux d'une belle et douce chemise pour Petitou. Elle a fait sept morceaux, un pour le dos, deux pour devant, deux longues manches, un col bien rond et une petite poche.

Et elle chantait

La laine des moutons c'est nous qui la coupaine
La laine des moutons c'est nous qui la coupons
coupons, coupons la laine des moutaines
coupons, coupons la laine des moutons.

Merci l'écrevisse.



Et Petitou a pris les morceaux de chemise, il les a mis sous son bras, il était content, mais qu'est ce qu'il allait bien pouvoir en faire ? Il a continué son chemin vers la maison. Du ciel, est descendu la fauvette couturière :

" Hé ben Petitou, tu as l'air triste que t'arrive t-il ? "

" J'allais chercher des fraises, les épines des branches ont mis ma chemise en lambeaux et je n'ai plus rien sur le dos. Les moutons m'ont donné de la laine, l'églantier l'a cardé, une araignée l'a filée, les autres l'ont tissée, l'écrevisse l'a coupée, mais je ne sais quoi en faire. "

" Ecoute Petitou a dit la fauvette couturière, je peux faire quelque chose pour toi, tu es si gentil avec nous. Donne-moi les morceaux de chemise et je vais les coudre pour toi. "

Petitou a posé les morceaux de chemise sur une branche de saule et la fauvette les a cousus, dos, devant, longues manches, col bien rond et petite poche, du bec et des pattes, elle a fait mieux que le meilleur des couturiers. Elle a brodé trois boutonnières et cousu les trois boutons.

Et elle chantait

La laine des moutons c'est nous qui la cousaine
La laine des moutons c'est nous qui la cousons
cousons, cousons la laine des moutaines
cousons, cousons la laine des moutons.

Merci la fauvette.



Et Petitou a passé sa chemise, il s'est regardé dans le ruisseau et comme il la trouvait très jolie, il a pris ses jambes à son cou et tout essoufflé, il est arrivé à la maison où sa mère, ses frères et ses sœurs n'avaient jamais vu de chemise aussi fine, aussi douce et si belle.

" Mais qu'est il arrivé ? " demandèrent ils d'une seule voix.

" J'allais chercher des fraises, les épines des branches ont mis ma chemise en lambeaux et je n'avais plus rien sur le dos. Les moutons m'ont donné de la laine, l'églantier l'a cardé, une araignée l'a filée, les autres l'ont tissée, l'écrevisse l'a coupée, la fauvette l'a cousu, dans le ruisseau je me suis vu et vers vous j'ai couru. "

Et il chantait.

La laine des moutons c'est nous qui la portaine
La laine des moutons c'est nous qui la portons
portons, portons la laine des moutaines
portons, portons la laine des moutons.





FIN !

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