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Un conte |
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La soupe au caillou (la mienne)
Il était une fois, sur un chemin, un homme seul.
C’était un jeune homme courageux qui avait quitté famille et amis pour vivre sa passion de la nature vraie. Il rejoignait sa cabane au creux d’une vallée derrière les montagnes. Il était aussi musicien. Dans son dos, en bandoulière, glissée dans un étui de cuir souple, il portait une flûte.
Depuis le matin il marchait, la campagne semblait engourdie par le froid de la nuit. Dans les creux des chemins les flaques d’eau témoignaient de ce début de printemps humide. Depuis le matin il n’avait rencontré personne.
Alors que le soleil descendait à l’horizon et qu’au-dessus des collines les nuages prenaient une douce couleur rosée, l’homme s’engagea sur une belle calade qui montait vers un petit hameau.
Dans la cour de la première maison il vit un homme qui rentra chez lui dès qu’il l’aperçut.
« Ici aussi on a peur de l’étranger » pensa-t-il. Mais comme il était prêt à tenter sa chance à chaque maison pour avoir un gîte pour la nuit il frappa peu de temps après à cette première porte.
« C’est pour quoi ? » Demanda une voix de femme à travers la porte.
« Un pauvre musicien fatigué et affamé vous demande abri pour la nuit. »
« Y a pas de place ici. Et puis on n’est pas riche alors on peut pas. »
L’homme n’insista pas, pendant qu’il montait vers le village il avait compté au moins sept cheminées qui fumaient. Il trouverait bien refuge auprès de l’une d’elles.
La deuxième porte ne s’ouvrit pas d’avantage, un homme lui demanda rudement de passer son chemin, sinon…
La troisième porte s’entrouvrit et une femme tenant un enfant dans ses bras lui dit tristement qu’elle et sa famille n’avaient pas de quoi le recevoir.
Il continua vers une grande maison qui semblait dominer les autres de ses murs hauts et épais. Un imposant heurtoir gros comme un poing fermé tenant une boule lui permis de signaler sa présence. À l’étage, au-dessus de la porte un lourd rideau bougea, mais personne ne vint ouvrir.
Ainsi jusqu’à la dernière, toutes les portes restèrent fermées ou tout au plus entrebâillées pour lui dire avec une tristesse infinie que des pauvres n’avaient rien à donner au musicien solitaire, même pour un peu de musique.
Le musicien avait traversé tout le village et c’est avec peu d’espoir qu’il cogna de son poing sur la dernière porte d’une maison sans feu.
Une vieille femme couverte d’un châle de laine ouvrit et demanda : « qu’est ce que tu veux ? »
« Un peu de chaleur et une bonne soupe avant la nuit » répondit le musicien.
« J’ai plus de bois et rien à manger pauvre homme. Te reste plus qu’à te faire une soupe au caillou. Bonsoir. » Et la vieille ferma sa porte.
Le Musicien resta planté là, la tête basse face à cette dernière porte qui se refermait comme les précédentes. Entre ses pieds il vit alors le caillou rond, un galet de rivière gros comme un œuf, lisse et rosé comme une échalote.
« Un caillou pour faire une soupe, c’est peut être une bonne idée. » Le musicien le ramassa entre ses pieds et avec frappa à nouveau sur la porte.
« Qu’est ce que tu veux encore ? » Dit la vieille en le voyant devant elle à nouveau.
« La soupe au caillou, c’est une bonne idée et c’est aussi une spécialité de chez moi, j’ai le caillou, mais je n’ai pas apporté de marmite alors si vous vouliez bien me prêter la votre, j’irai vous chercher du bois et je vous inviterai à la partager avec moi. »
La vielle regarda le garçon par en dessous. Il était dans l’ombre et elle ne vit pas son sourire malicieux. Elle était curieuse de savoir comment il allait faire une soupe au caillou et surtout ravie, si ça marchait, de se faire inviter. Elle alla chercher sa marmite et la donna au musicien pour qu’il aille la remplir d’eau au puits.
Après avoir rempli la marmite l’homme alla chercher du bois sous un appentis et fit repartir vivement le feu qui se mourait dans la cuisinière.
Pendant que le jeune homme rinçait le caillou dans une petite cuvette, la vielle femme ne disait mot, dans le silence l’eau se mit à frémir, la marmite à chanter.
L’homme écoute. « Votre marmite ne chante pas trop mal pour faire une soupe au caillou, c’est même plutôt bien »
La vieille sourit. Il met le caillou dans la marmite. La marmite se tait pendant un moment puis reprend peu à peu son chant chuintant.
Quand l’eau bout, le caillou se met à danser au fond de la marmite.
« Le caillou danse bien, mais pour qu’il danse mieux mon père mettait du sel dans sa soupe. Mais bon vous n’avez peut être pas de sel ?
« Mais bien sûr que j’ai du sel, quand même ! » Elle trottine, cherche et revient avec un pot de sel.
Il jette du sel dans la marmite. Pendant quelques instants le caillou s’arrête de danser au fond. Puis il reprend. Le musicien prend alors une grande cuiller en bois dans un pot, il touille, il goûte.
« C’est bon, mais c’est dommage le caillou est bien seul. Ma mère disait toujours qu’un caillou tout seul fait mauvais bouillon et triste soupe et elle lui donnait pour compagnon un ou deux oignons. Mais bon c’est sûrement pas facile d’avoir des oignons par ici.
« J’en ai plus, mais je pourrais peut être en emprunter un ou deux à ma voisine »
« Ça serait gentil de votre part, et dites lui aussi que je l’invite à manger ma soupe au caillou. »
La vieille serre son châle sur ses épaules et sort. Elle revient peu de temps après avec deux oignons et la voisine.
Il pelle les oignons, les coupe en fines lamelles et les jette doucement dans l’eau. Les deux femmes le regardent faire. Elles sont curieuses de voir ce que peut être une soupe au caillou.
Dans la marmite l’eau recommence à bouillir et le caillou saute sur les oignons. De temps en temps on l’entend cogner sur le fond ou sur le bord de la marmite.
Il goûte à nouveau.
« C’est très bon, mais le caillou a du mal à rencontrer les oignons. L’eau est trop fluide. Il ne sait pas comment se caler, vous l’entendez ? Dans mon village, plus riche que le vôtre, ma vieille grand-mère disait toujours que pour caler, y a rien de mieux que les pommes de terre, et elle en mettait trois ou quatre dans sa soupe et ça calmait le caillou. Mais bon, c’est bon quand même et des pommes de terre, c’est pas encore bien la saison et vous ne devez plus en avoir par ici. »
« Nous non, mais notre voisine en a c’est sûr et je peux lui en demander » dit la voisine de la vieille.
« C’est une bonne idée. Dites-lui aussi que je l’invite à manger ma soupe.
Elle y va et revient avec quatre grosses vieilles pommes de terre, la voisine, son homme et leur petit garçon.
Il prend les pommes de terre, les épluche et après les avoir coupées en petits cubes il les met dans la marmite. Il touille, il attend que le bouillon reprenne, il goûte.
« C’est très très bon ! Vous entendez ? On n’entend plus rien, le caillou s’est bien calé contre les oignons. On va les laisser faire ami-ami et on leur donnera un peu de couleur tout à l’heure.
Le garçonnet est tout étonné et, curieux, il demande quelle sera la couleur de la soupe.
« Elle sera verte dit le musicien, de la couleur de l’espérance et si tu veux venir avec moi nous pourrions aller chercher la couleur ensemble. Si madame le permet, j’ai vu tout à l’heure près du puits qu’il y avait de belles orties toutes neuves de ce printemps, nous pourrions en prendre quelques feuilles »
« Ah ben ça ! vous pouvez tous les couper ces pique-doigts »
Le gamin ravi est allé avec le jeune homme couper une belle poignée de feuilles vertes et se piquer un peu les doigts. Aussitôt rincées, elles ont été mises dans la marmite.
Quand le bouillon est revenu, il a touillé, il a goûté.
« Hum ! Là c’est fameux ! On laisse mijoter encore un peu et après je la mouline »
Ils attendent encore un peu puis le jeune homme passe sa soupe au moulin à légumes de la vieille. Il l’a remet sur le feu, attend encore un petit bouillon, remue encore un peu sur le feu et à nouveau il goûte.
« Excellent ! Ça c’est une soupe qui aurait plu à mon grand-père. Quoique, lui, il faisait une chose qui est impossible ici »
« Ha bon ? » Disent ses invités en chœur « et c’est quoi ? »
« Pour que le caillou ne garde rien des bienfaits qu’il nous promet, grand-père mettait dans sa soupe un morceau de beurre aussi gros que le caillou. En quelque sorte, il lui graissait la patte. Mais ici vous avez l’air bien pauvre et du beurre vous ne devez pas en avoir »
« C’est vrai que du beurre on en consomme pas beaucoup par ici » dit la voisine du voisin de la vieille « mais mon voisin a des oliviers et il fait une huile d’olive que y en a pas de meilleure. Je peux même aller lui en demander si vous voulez »
« Excellent ! Et dites-lui aussi que je l’invite à manger ma soupe au caillou. »
Elle y va et revient avec un beau flacon d’huile et le patron, un gros fermier bedonnant qui arrive en rigolant à l’idée de manger une soupe au caillou.
« Ah ! ben ça alors si vous y arrivez, je veux bien déboucher cette bonne vieille bouteille» dit le gros homme dans un rire tonitruant »
Le musicien fait couler un gros filet d’huile dans la marmite, ça fait une jolie spirale puis il touille encore, goûte et avant qu’il puisse dire quelque chose, la vieille lui tend trois gousses d’ail qu’elle vient d’aller chercher dans sa remise. Le voisin de la voisine de la vieille qui s’était absenté discrètement revient avec un beau morceau de pain et une tome de chèvre qu’il pause sur la table.
Encore un peu de temps pour parfaire la cuisson et enfin la soupe au caillou est prête. La vielle sort de son buffet une nappe et de grands bols et le musicien invite tout ce petit monde à prendre place autour de la table. « Je suis très honoré que vous ayez répondu à mon invitation et pour vous remercier, je vous propose d’écouter ma musique après ce repas. »
Tous se régalèrent d’une si bonne soupe qu’un jeune musicien malin avait su leur préparer. Ils écoutèrent et apprécièrent aussi sa musique légère.
Le lendemain, avant de quitter la vieille, chez qui il avait passé la nuit, il rinça le caillou et lui glissa dans la main quand il lui dit au revoir.
« Puisque ma soupe vous a régalée, je vous laisse le caillou et la prochaine fois que je passerai par ici c’est vous qui m’inviterez »
Il était une fois, sur un chemin, un homme seul et content.
FIN !
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